Interviews

Published on août 17th, 2012 | by Milo

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L’Art du deejaying by C2C

Aujourd’hui leçon de deejaying par le groupe montant de la scène électro.
Retour sur la conférence (à L’Ecaussytème of course !) Crossfader, scracth music, tout y passe.

Votre groupe existe depuis plusieurs années, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour partir en tournée ?

On a eu des projets respectifs qui nous ont pas mal occupés. Avant : il y a eu Hocus Pocus et Beat Torrent. On a eu un cycle à finir avec ces projets là. Hocus Pocus était déjà créé avant C2C donc il y avait quelque part une envie pour nous d’aller jusqu’au bout de ce truc là. Et on avait depuis la fin des championnats du monde cette envie de se retrouver pour faire cet album et pouvoir partir sur la route ensemble et ça a mis en effet un petit peu de temps à cause de ces projets qui nous ont aussi permis de rassembler une expérience et de se donner encore plus envie de refaire un truc tous les quatre.

Une grosse tournée, l’album à venir, est ce que vous pensez après, continuer C2C ou reprendre vos projets perso ?

Forcément, comme tu viens de le dire, l’album va sortir donc on va continuer de tourner sur C2C en toute logique. Mais après, te dire combien de temps ça va prendre tout ça ? mais il est très probable qu’après on se remette d’un coté sur Hocus et Beat Torrent de l’autre, enfin on n’ en sait rien mais ça fait partie des projets.
Disons que ce projet C2C a vocation à tourner dans le monde entier, donc on espère que ça va nous mener le plus loin possible. Là, l’album sort en septembre donc j’imagine que derrière, ça durera 1 an ou 2 minimum. Donc il va falloir encore attendre un petit peu pour nos projets respectifs même si ce sont des projets que l’on peut mener en parallèle.

Pourquoi C2C ?

Parce qu’au début ça s’appelait Coups 2 Cross, c’était un jeu de mot sur le crossfader que l’on actionne pour scratcher, pour passer d’une platine à une autre. Et quand on a fait le championnat du monde, pour les anglais et les autres nationalités, on a gardé les initiales : ça a donné C2C, c’était plus facile à prononcer et à retenir. Mais c’est une question qu’on nous pose beaucoup.

Le travail en studio pour enregistrer les morceaux et le live doivent être 2 modes de travail différent, pouvez vous nous expliquer un peu ?

Oui complètement, c’est à dire que sur le coté création des morceaux dans leur forme discographique, on a une certaine méthode de travail. Il y a plusieurs étapes de construction et de déconstruction de la musique que l’on fait. C’est à dire que l’on commence sur ordinateur avec des choses où il n’y a pas forcément de scratch. Une fois que l’on a ces maquettes ou ces morceaux qui à la limite pourraient fonctionner tel quel, ça nous suffit pas. On les déconstruit et on voit ce que l’on peut faire au niveau des manipulations avec les platines et  comment on peut amener la “touche C2C” à ces morceaux.
Derrière en effet avec le live c’est différent car on va encore déconstruire les morceaux dans leur version discographique pour les adapter au live. Soit en rallongeant certaines parties qui vont avoir un coté un petit peu plus péchu, Enfin il y a plein de choses à faire en terme de remix de nos morceaux pour le live. Il y a des effets qui fonctionnent en live et pas sur disque et vice versa.

Votre jeu de scène laisse t il place à l’improvisation ?

Oui il y en a un petit peu. C’est vrai que l’on fait le truc de façon assez naturelle, même si en effet sur certains passages on s’est quand même concerté, On a vu qu’il y a peut être quelque chose à faire en travaillant un peu, en se synchronisant. Mais dans l’ensemble du jeu on est quand même assez naturels. On arrive de part notre complicité de longues années à savoir à peu près qui va faire quoi , que ça reste naturel et que ce ne soit pas un show de cirque. On essaie quand même de vivre le truc de la meilleure façon sur scène et de l’illustrer.
Après les jeux de mise en scène, il y a les tournantes où l’on passe d’une platine à une autre, ça en effet c’est un peu plus travaillé car il faut repérer qui appuie sur quel bouton ou qui va lancer tel scratch. Mais dans l’ensemble on fait vivre le truc un peu différemment chaque soir.
D’un point de vue général tout est millimétré mais ce qui va faire la différence d’un concert à l’autre c’est notre façon d’interpréter chaque détail, l’énergie que l’on va mettre dans tel ou tel scratch pour lancer tel son à tel moment.

D’où vient votre passion pour le deejaying ?

Ça a commencé assez tôt dans le milieu des années 90 en observant d’abord certains groupes de Hip Hop qui étaient souvent supportés, soutenus par un DJ. C’était la bonne vieille formation MC/DJ de l’époque. Mais aussi des DJ locaux qui étaient un peu nos grands frères musicaux, Je pense à des DJ comme DJ Moon dans la région de Nantes, il y avait Bilou aussi à Nantes, Cocotier. Il y avait pas mal de mec qui avaient du talent, enfin qui en ont encore aujourd’hui et qui nous on donné envie de pratiquer ce truc là. Et puis un peu plus tard on a partagé ce truc là entre nous, ce qui nous a aussi boosté, en regardant des vidéos de crews américains tels que les Invisibles, les Xmen… Tout ça nous a mis l’eau à la bouche.
Ce qui nous a plu aussi c’est que dans ce domaine là on avait l’impression qu’il y avait des territoires un peu inexplorés, ce qui est assez rare finalement dans un instrument du musique.
Tu prends la guitare ou la batterie, il y a eu tellement de génies sur ces instruments qu’avant de pouvoir sortir un truc innovant il va te falloir des années et des années de pratique. Alors que là on avait à notre portée la possibilité d’apporter quelque chose de neuf et d’inventer quelque chose autour de cet instrument. Parce qu’on ne connaissait pas tout ce qui s’était fait mais aussi parce que s’était quelque chose de jeune. Et assez vite par le biais de nos breakbeat on a eu la possibilité d’inventer des processus, de bricoler des choses. Encore aujourd’hui on invente des procédés, là on a inventé ce système de platines lumineuses, c’est de la scénographie mais ça reste quand même quelque chose de créatif.

Vous jouez tous du même instrument, comment chacun amène t-il sa touche perso ?

Justement l’idée est plus de jouer sur le coté collectif. Même à l’époque des compétitions de ne pas en mettre un en avant de par sa technique. C’est vraiment l’idée d’avoir cette espèce de truc où l’on pourrait être interchangeable, et de tout donner pour le rendu global.
C’est aussi du fait qu’il n’y en ait pas un qui se détache énormément des autres. Si on avait un soliste extraordinaire, on exploiterait son talent pour le mettre en avant. On est à peu de chose près tous dans les mêmes eaux. Après là, où on apporte chacun notre identité c’est dans la phase de création, de composition, chacun va apporter son background musical.
Après en live on est un petit peu une espèce de machine de guerre (rires) on pourrait dire, avec 4 éléments, 4 piliers très solides et identiques.

C2C ce n’est pas uniquement de la musique c’est aussi un visuel en live, pouvez vous nous expliquer ce concept ?

Oui c’est quelque chose qui nous tenait à cœur pour la création de ce live car on voulait revenir avec pas seulement un show musical mais aussi quelque chose de très visuel, de très fort. On avait déjà travaillé un peu avec la vidéo sous Beat Torrent mais là c’est encore un autre niveau parce qu’on manipule en temps réel chaque image. Grace à nos platines le son et l’image sont manipulés directement. Chaque DJ a un écran individuel devant lui et on est parti d’un truc très très simple : chacun a une forme, et au fil du show on va les faire naitre, vivre, évoluer de différentes façons et puis… vous verrez à la fin. Il y a des choses très simples mais dès que l’on va lâcher un son, une forme  va s’animer et qui va correspondre à ce son. Quand on va tous recréer notre ensemble musical ça va créer également un ensemble visuel qui va donner une autre vie au morceau et donner une autre dimension à notre musique.
C’est un double travail pour nous car on est obligé de se concentrer à la fois sur le son et la vidéo, donc il faut être très précis, il faut se mettre d’accord sur les ouvertures et les fermetures pour qu’il y ait quelque chose de global qui se passe. Pour nous c’est encore plus challengeant. Au début les premiers shows on ne faisait pas les malins mais maintenant on a pris nos marques.
Il y a quelque chose d’important dans la scratch musique, c’est le mouvement de rotation. C'”est quelque chose que l’on voulait mettre en valeur par ces animations. Quand tu regardes un DJ scratcher, c’est un disque qui tourne à une certaine vitesse et finalement le scratch né du fait d’arrêter le disque ou de le faire aller d’avant en arrière et on avait vraiment envie d’avoir ça sur nos formes. Et finalement, de manière abstraite, on recrée ce mouvement horizontal de manière verticale et visuelle pour le public pour qu’il comprenne “tiens ! là, le son, il est en train de le remettre en arrière”. Il y a un côté pédagogique, ça donne une meilleure lisibilité pour les gens qui ne comprennent pas, là ils voient qui fait quoi grâce à la vidéo.

Donc en fait le public voit ce que vous faites vous derrière vos platines.

Oui de manière artistique. Et on a adapté aussi nos platines en les inclinant et en y incluant de la lumière. Il y a vraiment la volonté de partager directement ce que l’on fait avec le public à la même image d’un guitariste dont on peut vraiment voir le jeu sur scène. On voulait que les gens comprennent car on a tous le même instrument et le public peut vite se perdre et ne pluie savoir qui fait quoi. Il y a cette dimension de spectacle en plus.

Pouvez-vous nous parler de l’album à venir ?

Alors il s’appelle Tetra, il sort le 3 septembre. Il y aura 14 titres dont 10 nouveaux titres en plus des 4 qui sont déjà sur l’EP. Ça sera encore un autre voyage musical avec pleins de morceaux très différents les uns des autres. Il y aura des invités, ça peut être des chanteurs, chanteuses, des rappeurs, des musiciens également, contrairement à l’EP où on a voulu se centrer sur nous mêmes. C’est très riche, il y a plein de styles et on espère que ça plaira au plus grand nombre.

Pourriez-vous un jour refaire le DMC ?

C’est pas d’actualité, on s’est posé la question il y a 2 ans quand l’équipe japonaise Kireek était sur le point de battre notre record de 4 titres successifs. Et puis on leur a laissé une chance de nous battre (rires). Ce n’est pas dans notre priorité, même si avec tout ce que l’on a maintenant on pourrait le faire pour 5 ou 6 ans encore. Mais on prend beaucoup plus notre pied aujourd’hui à faire une tournée et bosser sur nos morceaux. C’est beaucoup plus enrichissant pour nous plutôt que de s’enfermer pendant 2 mois pour faire un 6 minutes. Et puis il ne faut pas essayer de revivre des instants magiques comme ceux là. On a vécu d’autres choses et on a passé ce cycle là. Les compétitions c’est un tremplin, soit tu fais ça par ce que tu kiffes, tu gagnes et après tu te trouves un métier et que tu n’as pas envie de faire carrière dans la musique. Mais la plupart des DJ qui ont été champions ne sont pas restés à faire des compétitions pendant plein d’années, ils ont développé une identité artistique.

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