Lofofora à l’épreuve du neuvième album | L'Appel Des Tympans

Chroniques

Published on septembre 25th, 2014 | by Jo

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Lofofora à l’épreuve du neuvième album

pochette lofoforaVoilà que Lofofora revient avec un nouvel album. Pour les heureux qui attendaient cet instant depuis le fameux concert au Hellfest : L’épreuve du contraire est enfin dans les bacs. On avait déjà eu quelques extraits mais que vaut ce neuvième effort studio ?
Pas de souci à se faire, à l’écoute de l’Innocence, premier titre de l’album, Lofo met les points sur les i, pas question de faire dans la dentelle, c’est toujours à la référence du métal (en) français que l’on a affaire. Le quatuor ne change pas la formule, les adeptes ne seront pas déboussolés, d’ailleurs il se pourrait même qu’ils soient plutôt satisfaits car on n’avait pas eu droit à un album si lofoforesque depuis Les choses qui nous dérangent en 2005. Mais on aurait tort de penser que le groupe manque d’inspiration et cherche à retrouver ses racines. Non, non et non. Cet album ne tire pas un trait sur ce que le groupe a fait cette dernière décennie, il serait plus juste de dire qu’il synthétise ce que le groupe sait faire de mieux : des paroles cinglantes sur les maux actuels (et de ce côté-là, Lofo ne sera jamais en rade) accompagnées de riff dévastateurs qui passeront à coup sûr haut la tête l’épreuve du live.

C’est à coup de 14 titres pour un total d’à peine un peu moins d’une heure que Lofo entend convaincre ses fans et si possible s’en faire de nouveaux. Pas facile en effet, après 25 ans de carrière, de convaincre un public qui mélange trois générations. Attardons-nous donc sur les titres les plus marquants de cet album, j’ai nommé (purement subjectivement) : l’Innocence, le Malheur des Autres, la Dérive, Chanson d’Amour et Transmission.

Comme je le disais tout à l’heure, l’Innocence fait office de fondation sur l’Épreuve du Contraire. Le titre donne le ton pour le reste de l’album. “La sagesse a décidé de ne pas devenir mon allié” ou encore “J’essaie de crier aussi fort que j’écris dans mes cahiers”. Reuno gueule toujours et ça fait plaisir “Quand reviendront l’innocence et le silence dans ma tête”. Ce n’est pas sur cette chanson que le quatuor rénove le genre, mais il confirme qu’il exécute toujours sa formule avec autant de brio. À son habitude, la guitare de Daniel Descieux accompagne le couplet d’un riff lourd au rythme syncopé pour alterner sur un refrain plus flottant, simple et efficace.

“Depuis que l’envie a digéré la honte, le nombril de la tête est le centre du monde” Pornolitique

“De fascination en répulsion/ Mon cerveau s’est enraillé/ Naufragé sans navire/ Chevalier sans armure/ Oublie ton avenir/ La tête contre les murs” Contre les murs

C’est avec le Malheur des Autres que l’on retrouve le cynisme légendaire de Reuno, son ironie acerbe tout en grosse voix. On se rappelle Charisman sur Dur comme Fer en 1999. C’est cette fois-ci après les pratiques médiatiques qu’en a Reuno. Je ne peux pas me retenir de voir livrer un petit extrait des paroles :“Chaque jour dans le journal je découvre du drame, ça me rassure je le garde dans une boite à chaussures. ça peut m’éviter de me lamenter sur mon sort. je ne fais que regarder, je ne fais pas de tort. […]. J’ai besoin du malheur des autres, de ce frisson que ça m’apporte, c’est mon poison, mon antidote”

C’est au tour de mon coup de cœur de l’album, La dérive. Les quelques notes de basse de l’introduction de Phil nous place déjà dans le contexte. On dérive, on se croirait sur le bateau de la pochette de l’album. “C’est pas demain la veille qu’on touchera l’autre rive/ Démons et merveilles à la dérive”. Le refrain atteint une intensité rare. Reuno fait une fois de plus la démonstration d’une poésie simple et touchante. La simplicité du vocabulaire de Reuno n’a de pareil que la profondeur des réflexions qu’il soulève.

“Le doigt sur la détente rend pas ma vie plus excitante” Pyromane

Reuno est un narrateur hors-pair qui prend un malin plaisir à glisser ses coups de gueule entre les mots. Une nouvelle forme de conte philosophique, en somme. Alors lorsque l’on voit à l’arrière du disque qu’une des chansons s’appelle Chanson d’Amour, on se doute qu’il en retourne de tout sauf d’une mauvaise surprise à l’eau de rose de Reuno. Je vous laisse la surprise des anecdotes allégoriques que recèle ce titre. Une matinée dans la vie de notre “crooner” préféré.

Cet album ne manque pas de titres, pas même de titres marquants mais c’est avec Transmission que nous nous arrêterons. Si vous n’avez pas encore envie de l’écouter, tout n’est pas encore perdu. Avec Transmission, Lofofora nous amène sur des territoires encore inexplorés. Le titre est teinté d’un psychédélisme discret. Le panel de sonorités est surprenant (des harmoniques de guitares, des voix portées à grand renfort de reverb, etc…). Du côté des paroles on a le droit à un texte des plus ambitieux jamais écrit par la plume de Reuno. Une chanson qui brasse des sujets aussi vastes que la vie, la mort, l’humanité, etc… Et l’ensemble soutenu par l’une des rares tentatives de voix chantée de Reuno. Pour ma part, je trouve ça réussi, certains sont et seront réticents, j’en connais quelques exemples, mais je préfère vous laisser juger.

En résumé, je ne saurais que trop vous recommander d’aller écouter et acheter cet album (si possible l’inverse). Je ne parle ici que de 5 des 14 titres de cet album, autant vous dire qu’il s’agit d’une œuvre vaste et viscérale. La plume de Reuno atteint une maturité touchante et toujours en simplicité. Du côté musical on a le droit à quelques explorations sonores. Toutes les qualités déjà présentées à un moment ou à un autre de la carrière du quatuor sont ici distillées avec précision entre les différents morceaux, entre métal, punk et parlé-chanté. La fusion prend parfaitement, une nouvelle fois. Pour autant cette galette ne prend pas des allures de best-of, mais bien au contraire, une nouvelle étape dans la continuité de Mémoires de Singes et Monstre Ordinaire, même si je pressens que les déçus des deux derniers albums seront satisfaits. Lofofora est toujours en forme et nul doute que l’épreuve du live sera à la hauteur des attentes. On croise les doigts pour les retrouver en Main Stage du Hellfest l’année prochaine, en fin de soirée cette fois-ci.

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